Survivre aux effets secondaires de la lutte des classes

par Dr. Ruthless

Certains de nos frères et sœurs ont souffert de blessures physiques et émotionnelles après de récentes confrontations avec l'état policier. En réponse, nombre d'entre nous se sont réunis au centre communautaire Long Haul à Berkeley, en Californie, pour réfléchir ensemble à la manière de surmonter les effets psychologiques de la brutalité policière. Nous avons conclu qu'un meilleur réseau de soutien était nécessaire pour aider les militant(e)s à rester en vie et actifs (actives).

Nous sommes décidés à nous préparer à toutes les possibilités, pour toute manifestation ou action. Nous portons la solidarité dans les prisons, à l'intérieur des tribunaux, nous mobilisons des médecins de rue et nous écrivons les numéros de téléphone des collectifs de soutien légal sur le dos de nos mains. Nous apportons notre soutien à toutes celles et ceux sur qui les flics ont tiré, ont lancé des gaz lacrymogènes, toutes celles et ceux qu'ils ont battus, ou dont ils ont tordu ou désarticulé les membres. Mais même lorsque leurs plaies visibles sont en voie de guérison, nombre de nos amis restent seuls avec leurs larmes, leur sensation de défaite, leur désespoir suicidaire, ou encore leur addiction aux médicaments anti-douleur. Celles et ceux d'entre nous qui pleurent ouvertement s'entendent dire qu'ils ou elles ne devraient pas s'étonner d'être blessé(e)s alors qu'ils combattent le système. Mais une telle réponse est une lourde erreur, elle invalide les sentiments que nous exprimons. Nous ne sommes pas surpris. Nous sommes choqués. Nous sommes traumatisés. Et nous refusons de minimiser le traumatisme. C'est la réaction humaine typique à la violence et à l'injustice. De fait, dans une communauté de militants qui se confrontent activement avec le système capitaliste, le traumatisme est inévitable. Un réseau de soutien émotionnel doit être partie prenante de la préparation d'une manifestation, tout autant que les aides médicale et légale.

Si nous voulons éviter l'épuisement et éviter à nos militants de s'enfoncer dans la peur de leur prochaine confrontation avec la réalité, nous devons tous apprendre à reconnaître le traumatisme, à développer une meilleure compréhension de l'impact émotionnel qu'il a sur nos personnes et sur la communauté en général, et à sortir la guérison de l'individu de son isolement. Aujourd'hui, il est commun que nos camarades qui ne savent pas comment gérer les crises émotionnelles nous encouragent à aller chercher une aide professionnelle, inconscients qu'ils sont de nous envoyer par là dans un champ de mines.

Ayant été moi-même confronté à l'industrie de la santé mentale, je suis bien au fait de la difficulté, voire des dangers, de chercher une aide professionnelle pour les besoins mentaux et émotionnels. Contrairement aux soutiens médical et légal qui doivent simplement connaître la science médicale ou des règles écrites, la psychologie est un domaine étonnamment menaçant, et les systèmes de soutien disponibles sont difficiles à distinguer des communautés cultuelles et autres groupes spirituels. Il faut éviter des blessures plus profondes aux mains de ces "professionnels", réagir avant d'atteindre un degré de traumatisme désespéré, lorsqu'il devient terriblement facile de se laisser "victimiser", et il nous faut au plus tôt trouver les types de soutien disponibles.

Détourner la science pour justifier l'oppression

Pour comprendre le système de santé mentale en place aujourd'hui, il est important de comprendre que la psychiatrie n'a jamais été une profession médicale, et qu'elle a toujours été en premier lieu un outil d'oppression. Ceci fut établi pour la première fois lors de la fin de la Sainte Inquisition, dans les faits activement remplacée par la reclassification des "sorcières" en "malades mentales" : l'Église s'excusa d'avoir autorisé les massacres en expliquant que les inquisiteurs étaient de bonne volonté mais avaient été trompés par la superstition, et elle valida leur persécution des éternelles victimes des chasses aux sorcières en poursuivant cette même persécution sous le couvert de la science. La littérature psychiatrique des débuts est étrangement similaire aux écrits des révisionnistes et autres apologistes de l'Holocauste d'aujourd'hui. N'oublions jamais que les tous premiers morts des chambres à gaz nazies furent des "patients" de psychiatrie, cette fois-ci sous le prétexte d'euthanasie.

La psychiatrie ne s'est jamais basée sur la science, et ce n'est toujours pas le cas aujourd'hui. Il n'existe pas de test psychologique pour diagnostiquer une maladie chez des "patients" de psychiatrie, pas même pour trouver les déséquilibres chimiques auxquels l'engouement "scientifique" actuel attribue le terme de "maladies mentales", ni pour trouver leurs supposées origines génétiques. Le diagnostic se fonde sur la discussion et sur l'observation du comportement, la classification de la culture et de l'expression personnelle dans des catégories, selon les propres opinions personnelles et la culture du praticien. Il n'est pas rare pour un(e) "patient(e)" de psychiatrie d'obtenir un diagnostic différent pour chaque praticien consulté. Les standards de diagnostic eux-mêmes semblent évoluer selon les humeurs, la météo et les changements de régime. Par exemple, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) pour les psychiatres présentait l'homosexualité comme une maladie mentale jusque dans les années 1970, et même s'il elle en fut retirée et invalidée en tant que maladie à cette époque, de jeunes homosexuel(le)s sont incarcéré(e)s et mis(es) sous traitement dans des institutions psychiatriques encore aujourd'hui.

Je ne doute pas que de nombreuses personnes ont le sentiment qu'elles doivent leur vie à des médicaments psychiatriques, ou au moins que ces médicaments ont été des outils utiles pour qu'elles se sentent mieux. Je soutiens assurément les droits des gens à prendre des médicaments psychiatriques ou même des drogues illégales dans ce but, s'ils le souhaitent. Mais je ne légitimerai pas ces substance comme de la médecine. Les traitements prétendant guérir des maladies pour lesquelles il n'y a pas d'évidence médicale sont au mieux des médicaments expérimentaux. Tous les tests de ces médicaments sont conçus, déployés et supervisés entièrement par les entreprises pharmaceutiques elles-mêmes, avec des protocoles scientifiques aberrants et des manipulations des données. Les effets secondaires sont rarement indiqués aux "patients", en particulier à ceux que l'on force à prendre ces médicaments. À côté des modifications graves de la personnalité et des capacités créatrices de ces personnes, les effets secondaires les plus lourds vont de la dyskinésie tardive (un trouble similaire à la maladie de Parkinson et signe d'une détérioration définitive du cerveau) aux attaques, au coma, voire à la mort inexpliquée. Les psychiatres déclarent généralement que les effets secondaires, voire les symptômes de sevrage, sont eux-mêmes des symptômes de la "maladie mentale" que les médicaments sont censés traiter. En conséquence, on administre souvent des doses plus élevées, la victime étant prise dans un cercle vicieux, traitant une maladie entraînée par les médicaments censés la traiter.

Il faut pénétrer dans les bureaux de psychiatrie avec la plus grande précaution. Aussi bonnes les intentions des psychiatres individuels soient-elles, le système pour lequel ils travaillent est plus structuré pour exécuter la loi que pour pratiquer la médecine, et ce système traite les gens dénommés "patients" plutôt comme des criminels. Le diagnostic psychiatrique peut entraîner l'incarcération des personnes et leur traitement contre leur volonté. Il a des effets permanents sur la capacité de nombreuses personnes à obtenir une couverture santé, un emploi, une place en formation, à pouvoir adopter un enfant, ou à être cru en tant que témoin, sans parler des préjudices dans leur propre famille ou avec leurs amis. Il est pratiquement impossible pour les survivants psychiatriques de gagner un procès pour les blessures infligées par les psychiatres, car les premiers sont facilement discrédités en tant qu'"instables". Contrairement au dossier médical, l'accès à son propre dossier psychiatrique peut être refusé "pour le bien du patient lui -même". La liberté d'expression ne s'applique pas non plus aux "patients"psychiatriques. La loi impose au psychiatre d'enfermer quiconque s'avoue avoir des tendances suicidaires, et ce pour un minimum de 72 heures. Les institutions psychiatriques sont des prisons dans lesquelles nous sommes placés en isolement avec une camisole, dans lesquelles notre cerveau est lavé, drogué, lobotomisé et/ou électrocuté, selon le cas. En 2005, à Berkeley, vous pouvez encore avoir votre cerveau rôti à l'hôpital Herrick, par des gens payés le minimum vital pour ce privilège.

Et le caractère répressif de la psychiatrie se prolonge avec la "New Freedom Commission on Mental Health" de l'administration Bush, qui fait pression pour rechercher les maladies mentales dans la population entière, en commençant par les écoles, enfants et professeurs compris, puis en l'étendant à tout un chacun lors des visites médicales annuelles de routine. Ceci entraînerait des traitements psychiatriques utilisant les médicaments psychiatriques les plus chers du marché, la proposition étant soutenue par des entreprises pharmaceutiques. Elle est déjà mise en œuvre dans les secteurs scolaires de plusieurs états. Depuis quelques temps, les professeurs du pays entier sont incités à distribuer des médicaments, et les écoles pauvres ainsi que les familles recevant des allocations sont incitées à déclarer leurs enfants comme étant malades mentaux. Le nombre de diagnostics de type trouble déficitaire de l'attention / hyperactivité dans les écoles a augmenté à un rythme alarmant. Sally Satel, la psychiatre nommée par Bush au "National Advisory Council for the US Center for Mental Health Services", le comité qui gère les subventions fédérales aux services de santé mentale, préconise des traitements psychiatriques plus coercitifs, incluant le traitement obligatoire du patient externe (le tribunal ordonne aux gens de prendre des médicaments psychiatriques contre leur volonté), déjà mis en place dans de nombreux états des États-Unis.

Au contraire, la psychanalyse, bien qu'issue de la psychiatrie, est pratiquée presque exclusivement par des gens qui ne se prétendent pas médecins. La "cure par la parole" de Freud s'est développée après la découverte que les expériences traumatiques entraînent une confusion mentale (désormais appelée "dissociation") et sont souvent exprimées inconsciemment, sans aucune mémoire consciente de l'événement traumatique lui-même. Freud découvrit que la confusion pouvait être soulagée en ramenant les souvenirs traumatiques à la conscience et en parlant d'eux. Mais dans une société oppressive qui normalise l'abus, la vérité est fondamentalement indésirable, et le secret fait partie intégrante de la psychiatrie. La communauté psychiatrique menaça d'exclure Freud pour avoir révélé la fréquence des maltraitances d'enfants, et il abandonna ses découvertes psychologiques les plus pertinentes, les remplaçant par la théorie selon laquelle les souvenirs de maltraitance sont purement issus de l'imagination des victimes. Cet acte continue à avoir des effets dévastateurs sur la manière dont notre société définit les sentiments, les actions et les vérité. Depuis lors, la validité des souvenirs refoulés a été régulièrement remise en question, débattue et confirmée, mais les tentatives de passer la vérité sous silence se poursuivent. En 1992, peu après que des modifications des standards judiciaires de la preuve aient allongé la prescription pour prendre en compte les victimes de maltraitance infantile qui avaient refoulé tous leurs souvenirs des événements jusqu'à être bien avancées dans l'âge adulte, la False Memory Syndrome Foundation, une organisation de parents accusés d'avoir abusé sexuellement de leurs enfants, commença à faire des ravages dans le réseau de soutien constitué par les victimes. Ses attaques visèrent directement les thérapeutes, qui sont souvent les premiers à offrir aux victimes un lieu relativement sûr dans lequel la vérité peut s'exprimer.

Dire nos pensées

Lorsque l'on est chroniquement dissuadé de se raconter, ou que le discours sur soi est rendu impossible par l'imposition de secrets, de confusion et de mensonges - en particulier à la maison lorsque la priorité de l'abuseur est de dissimuler son crime, mais aussi à l'école, au travail et au combat - notre communication ne peut plus suivre les modèles traditionnels, et nous trouvons d'autres moyens d'exprimer nos vérités, dès que possible. Certains des moyens employés et des comportements résultants sont considérés comme maladroits, incompréhensibles, voire effrayants, et plutôt que d'essayer de comprendre véritablement le bourbier dans lequel se trouve la personne troublée, notre société préfère nous stigmatiser en dénommant nos symptômes communicationnels par "maladie" mentale. Mais peu importe le caractère plus ou moins obscur de notre "folie", pour ceux qui tentent de déchiffrer son sens, le même message revient en permanence : le traumatisme non résolu entraîne une désorientation continue, le degré de désorientation ayant un lien direct avec le degré de traumatisme. Si elle semble chaotique dans ses extrêmes, cette désorientation, ou "dissociation", est quelque chose que nous vivons tous à des degrés différents. Il s'agit d'une donnée fondamentale du fonctionnement humain : elle filtre les informations inutiles ou envahissantes en les fragmentant entre les expériences conscientes, les sentiments, la mémoire, les autres gens, son propre corps, la conscience de soi, la réalité, et d'autres choses encore.

Le traumatisme ainsi que la difficulté de l'appréhender font que ces personnes sont étiquetées "malades mentales". Lorsque nous sommes traumatisés, nous sommes confrontés à une réalité trop bouleversante pour y faire face. Parfois, le choc est si grand que les gens ne trouvent pas de mots pour raconter leurs histoires, restent sans voix, en état de catatonie. Une fois l'événement traumatique passé, certains d'entre nous commencent à se comporter bizarrement, tandis que d'autres semblent ne pas être touchés du tout. Mais quelle que soit leur apparence, les gens traumatisés se sentent souvent déconnectés de la réalité, revivant souvent l'événement, comme s'il était encore en train de se produire maintenant. Nous sommes facilement contrôles par nos souvenirs, et nous nous défendons contre les flashbacks envahissants en éloignant le présent avec le passé. Les confusions résultantes déforment la réalité de manière plus ou moins prononcée, la personne allant parfois jusqu'à entendre des voix, avoir des hallucinations visuelles, ou avoir des faux souvenirs. De nombreuses personnes souffrent développent une insomnie pour éviter les cauchemars, et sont trop effrayées et déprimées pour participer à la vie.

Personnellement, je ne suis pas sortie de ma maison pendant plusieurs années, parce que je fus accablée par la mort de plusieurs de mes ami(e)s les plus proches, un de ces décès étant dû aux violences policières ; quelques temps après, mes moyens de subsistance furent menacés par le comportement abusif de mon patron, et je fus ensuite victime d'un viol qui me catapulta dans des flashbacks d'une enfance atroce. Je devins suicidaire, j'oscillais entre une crainte maniaque et une détresse harassée, et j'arrêtai de me nourrir à l'hôpital. Mes rêves étaient tellement nets que je ne pouvais dire s'ils étaient réels ou non, ou si c'était du passé ou du présent. J'entendis des voix à l'intérieur et en dehors de ma tête, je vis des spirales s'ouvrir devant moi, et un jour, alors que je me regardais dans le miroir, à chaque fois que je clignais des yeux, quelqu'un d'autre me regardait dans le miroir. Durant cette période, de nombreuses personnes me proposèrent des remèdes allant des pilules aux prières, mais je ne faisais confiance à aucun d'eux, et je me mis à chercher quel soutien je pouvais encore trouver. Les histoires et la solidarité des gens aux expériences similaires m'aidèrent à réaliser que mes mécanismes de survie étaient parfaitement compréhensibles, et même prévisibles dans le contexte de ma vie, et j'appris à les ajuster en fonction de mes besoins présents.

Parmi les outils disponibles pour guérir, on trouve un large éventail de thérapeutes (psychologue, travailleur social, chaman, ...) avec un large éventail de méthodes (EMDR, bio-énergétique, analyse transactionnelle, communication non-violente, cri primaire, ...), des groupes guidés et anonymes avec un sujet spécifique (addiction, abus, peine, ...), des conseillers particuliers, des herbes, des massages, la méditation, le yoga, le tai chi, la tenue d'un journal, les changements dans le style de vie (par exemple dans la nourriture, dans le sommeil, dans l'environnement à la maison ou au travail), la recherche de relations de soutien et l'arrêt des relations au caractère abusif. L'une des approches les plus intéressantes est le Soma, présentée dans un numéro récent de Slingshot, mais disponible à ma connaissance seulement au Brésil. Mais le plus important dans la recherche d'aide, c'est le rapport personnel avec les thérapeutes et les alliés, ainsi que l'entente sur les limites fondamentales et les préoccupations. La méthode (s'il y en a) et la structure peuvent alors être négociées. Le mieux est un mélange d'approches qui vous convient.

Le traumatisme est à la fois universel et intimement personnel, et les psychothérapeutes sont de diverses sortes. De nombreux thérapeutes croient en des catégories psychologiques de fonctionnement humain, qu'elles soient basées sur des modèles biologiques réducteurs des pathologies ou des comportements, sur des types de personnalités ou des états de l'ego, ou encore sur de vagues explications religieuses de destinée, de sort ou de karma. Leurs solutions peuvent consister à administrer des remèdes censés "soigner la maladie", à inciter à modifier son comportement, à parler avec leurs clients, ou encore à les aider à développer leur perspicacité, leur conscience de soi, leur autonomie, leur estime de soi, leur espoir et leur auto-détermination. Afin de ne pas être à nouveau traumatisé(e), il est essentiel de répondre à certaines questions avant d'entrer dans une alliance thérapeutique. L'un des pièges potentiels dans la recherche d'alliés est constitué par le mouvement anti-psychiatrique, qui comprend un large éventail de couleurs politiques, allant du "psychiatric survivor movement" aux marxistes, en passant par les "civil libertarians", et l'Église de scientologie (via sa Commission des citoyens pour les droits de l'homme). Même le "Co-counseling" (psychothérapie sans thérapeute) semble avoir ses origines dans la dianétique, et il a été critiqué pour ses pratiques sectaires et les histoires d'abus sexuels et d'abus d'autorité de son fondateur. Un autre problème, auquel la plupart des gens sont confrontés lorsqu'ils cherchent une thérapie, est la tendance à appliquer le terme de "co-dépendance", qui suppose à l'origine un partenaire ou une personne dépendante de drogues, à toute interdépendance, décourageant ainsi tout espoir de relation vraiment intime. Sur le fond, la première étape dans la guérison consiste à trouver un lieu dans lequel on peut lever le brouillard en toute sécurité, afin que la vérité puisse être intégrée dans la réalité consciente, pour pouvoir ensuite agir dessus.

Dire la vérité fait partie à la fois de la guérison et de la révolution. Le langage peut être soit oppresseur, soit libérateur. De nombreuses personnes qui ont été étiquetées pensent que les étiquettes sont utiles, car elles leur fournissent un langage pour transformer leur lutte en mot. S'il peut être utile de décrire certaines étiquettes psychiatriques par des métaphores, nous devons faire attention à ne pas "pathologiser" notre lutte, et notre humanité avec. Réclamer des étiquettes est un acte puissant mais, tout comme la swastika est un symbole trop chargé pour lui donner une signification autre que le fascisme, parler de "maladie mentale" à une époque où les personnes ainsi catégorisées sont dépossédées de leurs droits fondamentaux ne revient pas à utiliser seulement les symboles et le langage, mais bien toute l'attitude, et à la perpétuer. Dans ce système, des gens aux capacités différentes devront peut-être accepter d'être étiquetés, simplement pour subvenir aux besoins de base tels que le logement, la nourriture et la couverture santé. De nombreuses personnes adoreraient trouver une excuse pour supprimer la maigre allocation pour handicap que certain(e)s d'entre nous reçoivent à cause de notre incapacité à fonctionner dans ce système abusif. Nos objections politiques peuvent nous donner l'impression d'être des menteurs, et nous faisons de notre mieux pour prouver que nous ne sommes pas dérangés, ou bien nous validons les catégories en les jouant au lieu d'exprimer nos propres expériences. De toute façon, il est fondamentalement problématique d'utiliser des étiquettes qui définissent notre humanité comme un problème médical, car cela rajoute à la confusion mentale contre laquelle nous luttons. Nous devons démanteler le langage qui nous opprime, tout en gardant d'une façon ou d'une autre le peu de soutien qui actuellement disponible.

Depuis la réunion à Long Haul, certains d'entre nous sont en train de constituer un guide pour aider les activistes en crise à naviguer dans le système, incluant un soutien émotionnel et mental, une aide légale, un accès à des soins médicaux, à des allocations et autres besoins de bases, des informations et des histoires personnelles pour reconnaître le traumatisme et comment y survivre. Nous aimerions également créer un espace sûr dans lequel les militants peuvent partager leurs luttes et échanger leurs soutiens mutuels, soit autour d'un thé, soit plus formellement lors d'ateliers, de groupes de soutien et de binômes de soutien. Dans l'idéal, nous aimerions avoir notre propre clinique gratuite de crise émotionnelle pour les gens refusant d'être étiquetés "malades mentaux", qui aurait une conscience politique des classes, des genres, du racisme, de l'homophobie, et des autres formes d'oppression. Mais avant d'en arriver là, nous devons commencer par plus petit. Je vous invite à faire vos propres recherches sur les possibilités de soutien appropriées à votre situation, à partager vos ressources, à éduquer vos collègues et vos groupes d'affinité, à parler ouvertement et honnêtement de vos expériences, et à toujours accepter tout l'éventail de vos émotions. Et le plus important : soyez bons avec vous-mêmes et avec les autres - ce système pourri jusqu'à la moelle ne le sera pas pour vous.


Les sources utilisées pour mon analyse sont trop nombreuses pour être toutes citées ici, mais les livres que je recommande le plus sont les suivants :

  • Trauma and Recovery – from domestic abuse to political terror
    de Judith Lewis Herman
  • Fabriquer la folie
    de Thomas S. Szasz.
  • The Assault on Truth – Freud’s Suppression of the Seduction Theory
    de Jeffrey Moussaieff Masson

Pour toute question, un dialogue plus approfondi, ou si vous avez des ressources que vous aimeriez partager avec la communauté, Dr. Ruthless peut être contactée à l'adresse : .