Les activistes et le Syndrome de Stress Post-Traumatique (SSPT)

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Pourquoi nous pensons que le SSPT est important

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Activisme, traumatisme et guérison

Une chose très étonnante chez les activistes est que nous nous exposons délibérément à la violence lorsque nous pensons que c'est nécessaire. Ce qui est parfois tout aussi étonnant, c'est le peu que nous savons sur les effets psychologiques de cette violence. Nous devons nous y préparer et apprendre à nous soutenir mutuellement pour supporter les conséquences physiques et émotionnelles du traumatisme.

Les réactions des gens aux événements traumatiques varient beaucoup ; certains s'isoleront, d'autres seront ultra sensibles ou encore colériques. Le temps nécessaire pour guérir d'un traumatisme varie de quelques heures ou quelques jours à plusieurs semaines, mois, parfois même années - même si la plupart des gens guérissent en un mois. Le stress post-traumatique peut prendre plusieurs formes. Certains auront plus peur de la police ou des foules, d'autres deviendront aigris, d'autres encore se sentiront paralysés et vulnérables. Vous pouvez vous sentir transformé(e). Ouvrir des espaces pour échanger nos expériences et communiquer nos émotions sont des premières étapes importantes pour gérer nos expériences de la violence.

Le stress post-traumatique est une réponse normale à des circonstances anormales.

Signes et symptômes possibles d'une réaction de type stress traumatique

Remarque : il est très improbable que tous les symptômes surviennent en même temps. Rappelez-vous que ces symptômes sont des réactions naturelles à des situations très perturbantes, et que certains de ces symptômes sont des tentatives de votre corps et de votre cerveau pour vous protéger.

Si ces symptômes s'appliquent à vous, assurez-vous que les gens autour de vous en soient également conscients, afin qu'ils puissent mieux comprendre vos réactions.

Qu'est-ce que le Syndrome de Stress Post-Traumatique ?

La plupart des gens guérissent d'un traumatisme dans les semaines qui suivent. Cependant, entre 20 % et 30 % des personnes traumatisées développent une série de symptômes que les psychologues nomment Syndrome de Stress Post-Traumatique. Ce syndrome est officiellement considéré comme une maladie. Ce diagnostique s'applique lorsque les symptômes du stress ne disparaissent pas après un mois environ. Des traitements efficaces contre le SSPT existent ; la prise de conscience de la situation ainsi que la préparation personnelle peuvent réduire le risque de développer ces symptômes après un incident.

Le SSPT est diagnostiqué lorsqu'il y a eu une exposition à un facteur de stress extrême, entraînant un ensemble de symptômes qui durent plus d'un mois et peuvent persister beaucoup plus longtemps. Ces facteurs de stress peuvent être, par exemple, une attaque de la police, un viol, une agression, un accident grave, un abus durant l'enfance, la mort soudaine et inattendue d'une personne aimée, ou être témoin d'un événement traumatique. Récemment, les thérapeutes ont aussi commencé à parler de "SSPT complexe", dans lequel la personne a été exposée à une série de facteurs de stress répétés et non à un seul événement - par exemple un abus durant l'enfance suivi d'une attaque policière.

Une personne souffrant de SSPT présente trois principaux types de symptômes :

  1. Revivre l'expérience traumatique : flashbacks, cauchemars, réactions émotionnelles et physiques exagérées à des choses rappelant l'événement (des "déclencheurs").
  2. Évitement et engourdissement émotionnel : évitement de tout ce qui peut rappeler des activités, des lieux, des pensées, des conversations ou des sentiments liés au traumatisme. Perte d'intérêt dans "la vie". (Certains auront l'impression que l'action militante est inutile.) Sentiment d'être engourdi(e), détaché(e) des autres, en retrait ; évitement de toute interaction sociale.
  3. Excitation accrue : difficulté à dormir - ou au contraire sommeil accru. Irritabilité ou accès de colère, souvent pour des "incidents mineurs". Difficultés de concentration et de réalisation de tâches courantes. Hyper vigilance, voir ou sentir le danger "partout", sans forcément de connexion avec l'incident original. Propension démesurée à s'alarmer (p.ex. plonger au sol pour se protéger lorsqu'un véhicule pétarade).

Remarque : il vaut toujours mieux obtenir un diagnostic officiel d'un psychologue. Avec ce papier, vous pourrez par exemple demander un arrêt de travail. Il est également utile si jamais vous êtes convoqué(e) au tribunal en relation avec l'événement traumatique, car il est possible que votre peine soit réduite à cause des souffrances que vous avez endurées, ou bien que vos dommages et intérêts soient plus élevés.

Quelques problèmes spécifiques liés au SSPT

Pourquoi certaines personnes guérissent-elles d'un traumatisme et d'autres non ?

Les facteurs suivants semblent favoriser l'apparition d'un SSPT :

Le traitement du SSPT

Un soutien bien informé est le traitement le plus utile pour la plupart des victimes, mais dans certains cas graves, il faut recourir à la psychothérapie, aux groupes de soutien, voire aux médicaments.

Quatre types de psychothérapies sont particulièrement efficaces dans le traitement du SSPT :

  1. Gestion de l'anxiété
    (utilise la relaxation, le contrôle de la respiration, la pensée positive et le parler à soi-même)
  2. Thérapie cognitive
    (aide à modifier les croyances irrationnelles ou irréalistes liées au traumatisme)
  3. Thérapie par l'exposition
    (aide à se confronter aux situations, personnes ou émotions qui évoquent le traumatisme - par exemple demander son chemin à un policier. La peur se dissipe progressivement si vous vous forcez à rester dans la situation plutôt que de vous en échapper.)
  4. Thérapie de groupe
    (Les groupes d'entraide peuvent être très utiles, en particulier si les personnes ont traversé des expériences traumatiques similaires.)

Médication

Aucun médicament ne soigne le SSPT. Les médicaments conventionnels que vous pourrez prendre comprennent les antidépresseurs, les anxiolytiques et les médicaments stabilisant l'humeur, tous ayant potentiellement des effets secondaires négatifs dont vous devez tenir votre médecin informé. La médication est parfois utile, notamment si :

Comment interrompre une médication

Si la médication a été prescrite par un praticien ou une praticienne, parlez avec elle/lui de comment réduire, voire interrompre votre prise de médicaments. Il est souvent bienvenu d'interrompre la médication progressivement et de discuter du déroulement de cette période de retrait avec vos amis et votre famille.

Pourquoi de nombreuses personnes ne reçoivent pas de traitement approprié contre le SSPT ?

Souvent, les personnes atteintes de SSPT ne recherchent pas d'aide. Elles ont une tendance naturelle à éviter d'affronter les sensations désagréables associées au traumatisme. Les symptômes typiques du SSPT - retrait, sentiment de culpabilité ou manque de confiance - peuvent rendre d'autant plus difficile la recherche d'un traitement. Certaines personnes ne savent tout simplement pas que le SSPT existe, qu'il est considéré comme une maladie diagnostiquée en bonne et due forme, et qu'un traitement est disponible.

Y a-t-il des moyens de prévenir le SSPT ?

Certains militants utilisent la méditation, les arts martiaux ou d'autres pratiques orientales (le tai chi, le chi gong) pour se préparer à (et récupérer après) des événements susceptibles de générer un traumatisme. Ces pratiques peuvent vous aider à vous poser, à vous concentrer et vous donner confiance, et ils vous aident à vous défendre vous-même, physiquement et mentalement.

Être conscient(e) de la violence potentielle d'une situation réduit le facteur choc. Un bon soutien immédiat aide à réduire les symptômes, voire même à empêcher l'apparition du SSPT. Effectuer un exercice physique vigoureux immédiatement après l'événement peut aider à éliminer l'adrénaline encore présente.

La prise de conscience émotionnelle via des réunions préparatoires est importante pour permettre aux gens de parler de leurs impressions. La connaissance du stress post-traumatique est également importante, car si des événements traumatiques surviennent, vous serez mieux soutenu(e) par des gens qui savent déjà quelque chose du SSPT, et vous serez mieux à même de les aider.

Si une action ou une manifestation dans laquelle des événements traumatiques sont possibles est prévue pour bientôt, préparez votre soutien et planifiez une session de débriefing après l'action. Prévoyez des choses agréables pour après, et faites une pause. Encouragez votre groupe à faire de même.

Le jour même, pensez à l' "heure d'or" dont parlent les médecins urgentistes : il peut s'agir du moment décisif pour limiter l'impact émotionnel d'un traumatisme. Dans les minutes, les heures et les jours qui suivent le traumatisme, aidez la victime du traumatisme sur les points suivants : trouver un lieu sûr et calme, être approvisionnée en médicaments et/ou homéopathie, manger et boire de bons aliments, être au chaud - l'une des réactions corporelles à un choc émotionnel est d'avoir très froid -, être écoutée pour ne pas se sentir seule, savoir ce qui arrivé aux amis / à la famille, savoir que les enfants éventuels sont en de bonnes mains, savoir que le soutien sera disponible pour les jours suivants, afin de pouvoir vivre en sécurité toutes les émotions qui pourraient resurgir, ne pas prendre de nouvelles responsabilités et se décharger de certaines obligations antérieures pour une certaine durée.

La réponse immédiate d'un ou une activiste à un traumatisme pourra très bien être : "Je vais bien, laissez-moi seul(e), je dois aller sauver mes amis / replonger dans la mêlée / au boulot dans quelques heures / chercher mes gosses / faire du soutien aux prisonniers / préparer la fête d'après-manif..." En fonction de ces choix, la guérison pourra prendre un mois, ou dix ans... Discutez à l'avance de la réponse adéquate face au traumatisme,avec vos amis, vos groupes d'action et vos communautés, et essayez de mettre en œuvre la réponse appropriée que vous vous êtes fixée, indépendamment de comment vous vous sentez sur le moment après le traumatisme.

Que peuvent faire la famille et les amis pour aider ?

Le soutien des amis et de la famille est d'une importance majeure, et il n'est jamais trop présent. Le manque de soutien et de compréhension, en revanche, contribue à la persistance du traumatisme.

Ne vous attendez pas à ce qu'un personne traumatisée récupère rapidement. Certaines le feront, mais d'autres ne pourront pas. Si quelqu'un met du temps à récupérer après une crise, proposez-lui de l'aide de manière répétée, afin que la personne ne se sente pas seule.

Une personne traumatisée pourra avoir des symptômes très difficiles à gérer pour son entourage, comme par exemple la colère ou le retrait. Gardez en tête que la personne traumatisée n'agit pas délibérément ainsi : c'est le traumatisme qui induit son comportement. Ne le prenez pas personnellement, reconnaissez-le au contraire en tant que symptôme et comme signe que la personne a besoin de votre aide.

Fournissez un soutien émotionnel et écoutez attentivement.

Les gens sont à chaque fois tentés d'encourager la personne à arrêter de revivre l'événement, à simplement oublier le traumatisme et continuer dans la vie. Malheureusement, ce conseil apparemment raisonnable n'est généralement pas utile dans cette situation, et risque même d'empirer les choses car la personne risque de se sentir encore plus isolée et incomprise.

La personne aura peut-être besoin de parler sans arrêt de l'événement traumatique, et l'une des meilleures choses dont la famille et les amis peuvent faire preuve, c'est d'être des auditeurs patients et compréhensifs, afin que la personne se sente moins seule. Il est possible que la personne ne veuille pas en parler du tout, auquel cas il ne faut pas la forcer car elle risquerait de se fermer à vous.

L'une des choses les plus importantes que vous puissiez faire est de transmettre ce message :
"Tu n'as rien à te reprocher - et tu n'es pas seul(e). C'est normal, et ça passera."

Il est également important d'avoir des attentes réalistes lorsque la personne est en phase de guérison, et ne pas attendre trop ou trop peu d'elle. Encouragez la personne aimée à participer à un groupe de soutien au SSPT.

Apprenez-en plus sur le syndrome et encouragez la personne à suivre le traitement avec application, même si c'est douloureux.

Accompagnez la personne lorsque, par exemple, elle tente de se rendre à nouveau à des actions / manifestations. Gardez un œil sur elle, et veillez à comment elle se sent, avant, pendant et après. Durant le traitement, le thérapeute essaiera peut-être d'aider la personne qui vous est chère à mieux appréhender ses sentiments liés au traumatisme. Ceci peut être très pénible et il peut y avoir une aggravation temporaire des symptômes et de la détresse. Le soutien émotionnel de la famille et des amis peut être d'une aide extrêmement précieuse durant cette période.

De même, lorsque les symptômes du SSPT ont disparu, il est important d'aider la personne à réintégrer une vie active.


Plus d'infos :

Aux États-Unis : http://healingtrauma.pscap.org

Un très bon livre (en anglais) : "Trauma and recovery" de Judith Herman.
@nticopyright - veuillez copier et distribuer.

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